Fin février, Spotify a pris la décision de restreindre drastiquement l’accès à son interface de programmation (API), et a entériné la fin d'une ère d'ouverture pour les développeurs tiers. Confronté à des vols de données massifs (récemment, 86 millions de morceaux et 256 millions de métadonnées par Anna's Archive), Spotify ferme les vannes de l'API, perçu désormais comme une véritable brèche. Désormais, les utilisateurs du mode développement devront avoir un compte Premium, n'utiliser qu'un seul ID client, et cet ID client sera limité à cinq utilisateurs. De plus, les fameux "endpoints", c'est-à-dire les points d'accès vers les datasets de la plateforme, se trouvent réduits : exit les artistes similaires, les recommandations, les analyses audio, les previews de 30 secondes, les playlists... En résumé, il devient impossible de s'appuyer sur les datasets de Spotify pour développer un service.
Ce qui était un outil de croissance pour l'entreprise - avec des développeurs qui proposaient des use cases toujours plus puissants grâce à la gigantesque machine à data qu'est la plateforme - devient désormais un actif stratégique exclusif.
Cette décision n'est pas sans heurts pour de nombreux services tech, qui se retrouvent dans une position délicate. Nombre de moteurs de recommandation alternatifs, de services d'audit, de plateformes de monitoring des streams... se retrouvent amputés de leurs briques de base, voire incapables de fonctionner.
De nouveaux critères d'ouverture ont été annoncés, mais la barrière à l'entrée est insurmontable pour la plupart des nouveaux entrants de la music tech : le service doit justifier de 250 000 utilisateurs actifs mensuels. Il faudra donc connaître le succès commercial, avant de montrer patte blanche... une logique à contre-courant de ce qui se passe sur le terrain ! Pour montrer à quel point l'ordre de grandeur est absurde, un acteur de référence comme Soundcharts aurait une audience estimée à 130 000 visites mensuelles, fait remarquer le journaliste Philippe Astor dans son analyse. La majorité des projets qui s'appuyaient sur l'API de Spotify sont sur un modèle BtoB, loin d'attirer, même en étant rentables, la jauge exigée.
Sur le forum développeur de Spotify, les critiques sont unanimes et le divorce consommé : exclure de facto les indépendants revient à étouffer l'innovation de la filière, et pousse les développeurs à quitter l'écosystème au profit d'autres acteurs comme YouTube Music ou Apple Music. Les questions fusent : comment gérer les projets et les environnements de tests et de production quand les développeurs ne peuvent avoir qu'un seul client ID ? Comment conduire un test bêta ou un partage de projets entre créateurs quand le nombre d'utilisateurs autorisés par application passe de 25 à seulement 5 ? Comment grossir quand les bâtons dans les roues se font dès le premier kilomètre ? Pourquoi n'existe-t-il pas de niveau intermédiaire pour les petits projets ou les startups en croissance, afin de combler le vide immense entre l'usage personnel et celui d'une (très) grande entreprise ?
Ce séisme dans l'écosystème music tech était en soit prévisible. « Cette trajectoire reproduit un schéma bien documenté dans l’économie des plateformes. Twitter, Reddit et Google Maps ont tous suivi la même séquence en trois temps : ouverture des API pour stimuler l’adoption et construire la dépendance écosystémique ; enrichissement de la plateforme par l’innovation externalisée aux développeurs tiers ; fermeture progressive une fois la position dominante consolidée » analyse Philippe Astor. Il pourrait en soit nous donner matière à penser : notre dépendance aux "walled gardens", ces écosystèmes de data incontournables qui deviennent le monopole des GAFAM, ne doit plus être un impensé... à défaut d'avoir de véritables solutions (légales) pour s'en affranchir.
Rendez-vous les 27 et 28 mai pour le MUSIQUE FORUM à Lille, les rencontres annuelles et régionales de Haute-Fidélité, le pôle des musiques actuelles en Hauts-de-France !
A cette occasion, se rassemblera toute la filière et l'écosystème musical autour de moments conviviaux, de discussions thématiques et de travaux communs.
EuraCreative sera présent, notamment pour présenter le livre blanc sur l'économie des superfans : comment l'industrie musicale tente de capter cet eldorado ? Quelles méthodologies et outils existent-ils pour les labels ou les artistes en émergence ? Venez nous rencontrer à l'occasion de cette restitution, le 28 mai à 13h30 !
Chaque année, les JIM réunissent des chercheur·ses, développeur·ses, et plus généralement des personnes intéressées par la vie musicale et utilisant l’informatique comme outil de création, d’analyse, d’interprétation, de diffusion ou de pédagogie. Les JIM sont pilotées par l’AFIM et organisées par le laboratoire CRIStAL.
Les conférences auront lieu à la Plaine Images mais aussi à la Cité Scientifique.
La Commission Innovation du CNM a rendu son verdict : parmi les entreprises qui ont reçu l'aide à l'amorçage, trois sont passées par notre programme d'incubation :
🎛️ Tamber, une startup qui développe ce qu'elle présente comme une "suite créative basée sur l'intelligence sonore", s'appuyant sur une IA assistante et non générative, vient de lever 5 millions de dollars.
✒️ Une nouvelle génération de contributeurs Wikipédia s'attellent à mettre en lumière la musique underground des années 2020, Pitchfork les a rencontré.
Quelque chose ne tourne pas rond dans l'économie des plateformes de streaming, et chaque mois compte son analyse assassine. Ce billet de Joel Gouveia a trouvé un très fort écho dans l'écosystème tech, et décrit le déclin inexorable que pourrait connaître les plateformes : elles privent les labels de contrôle, elles ne génèrent aucune marge de profit substantiel pour l'immense majorité, elles transforment la musique en une ressource dévaluée, comparable à l'eau qu'on tire du robinet, et elles empêchent les artistes de connaître et de nouer une relation avec leur public. La porte de sortie, c'est donc la propriété des données, et l'engagement au sein de micro-communautés de fans fidèles... ce que ces plateformes ne peuvent intrinsèquement pas apporter. Vite, un nouveau modèle, mais lequel ?
En écho à ce constat peu réjouissant, France Info interroge quelques labels de musique indépendant, qui dressent une réalité économique complexe, face à l'hégémonie des majors et des plateformes de streaming. Exemple illustrant la fausse bonne santé de la distribution, la hausse des ventes de vinyles de 15% en 2025, qui demande quelques nuances : « Ça veut dire quoi des ventes en hausse si les gens achètent des vieux vinyles d’AC/DC ressortis par Sony ? » se demande Jean-Baptiste Guillot de Born Bad Records. Pour survivre, ces labels délaissent le modèle traditionnel de simple production phonographique au profit de stratégies diversifiées, incluant la gestion de carrière à 360 degrés, l'événementiel ou la recherche de subventions.
Deezer for Business unifie au sein d'une même plateforme ses outils BtoB :
- Deezer for Partners pour la distribution via les acteurs historiques comme Orange ou Fnac Darty
- Music as a Service pour les entreprises qui veulent créer leur propre expérience de streaming en marque blanche, en s’appuyant sur le catalogue et la technologie Deezer (exemple de Sonos)
- Deezer for Professionals pour le service de sonorisation des lieux accueillant du public
- Deezer for Advertisers pour diffuser de la publicité sur Deezer
- AI Detection pour leur outil de détection de contenus générés par IA
Contrairement à ce qu'indique le nom de la plateforme, Deezer for Business est un travail d'uniformisation sur toute l'offre existante de Deezer à destination des pros, et n'est pas lié à la problématique "API" que rencontrent nombre de porteurs de projet music tech.
Qui dit ruée vers la contrée mythique des superfans, dit aussi vastes opérations d'enfumage pilotées par certains labels ! Le Guardian s'en fait l'écho en publiant une enquête sur les pratiques marketing trompeuses qui simulent le succès sur les réseaux sociaux grâce à des agences spécialisées. Les tours de passe-passe sont nombreux et inventifs :
- Des "narrative campaigns" où des micro-influenceurs sont rémunérés pour diffuser un storytelling très orienté afin de construire des auras superficielles ;
- Des "fans campaigns" (menés par le bien nommé Chaotic Goods Projects) avec la création de faux comptes de fans qui donnent l'illusion d'une ferveur organique et spontanée ;
- L'utilisation sans vergogne de services d'automatisation (comme le non moins bien nommé Floodify) qui, pour une somme modique, permettent de diffuser sur des milliers de comptes TikTok des vidéos générées à l'IA ;
- Des "UGC campaigns" orchestrées où les agences marketing paient les propriétaires de pages de mèmes, de comptes de paroles ou de montages vidéos, pour utiliser spécifiquement une chanson afin de la rendre virale...
Tout ceci n'est pas reluisant, mais c'est aussi l'énième démonstration que la création d'une base de fans dévoués reste l'obsession de nombreux labels. Et que la visibilité numérique dépend parfois plus de campagnes marketing obscures que du seul talent artistique !
Dans un genre totalement différent, le DJ Fred again... prend complètement au pied de la lettre la soif d'authenticité de sa fanbase, en ouvrant un dossier Dropbox public qui contient toutes les archives de sa tournée USB002 ! Plutôt que de faire des récapitulatifs sur les réseaux sociaux, son équipe propose donc des fichiers bruts, que les fans peuvent librement télécharger et détourner. L'idée est également d'encourager l'audience à profiter du moment présent, avec l'assurance de recevoir une doc complète. L'utilisation de Dropbox semble décalé, mais va droit au but : exit les algorithmes et le contenu trop poli.
Anthropic permet désormais l'intégration de son assistant IA Claude dans des logiciels de création majeurs comme Ableton Live, Photoshop, Blender ou encore Splice. Ces intégrations sont censées permettre aux créateurs d'automatiser des tâches répétitives et de générer du code pour enrichir leurs projets.
EuraCreative est le 1er incubateur intégrant un programme spécifique pour la création d’entreprises dans l’industrie musicale.
Nous proposons un parcours d’incubation dédié au secteur de la musique, audio et Music Tech : parcours jalonné d’objectifs et de milestones pour le développement technique, le business plan et le marketing...
Cette lettre de veille est éditée par EuraCreative, avec le soutien de Music Story. Vous pouvez y répondre directement pour nous faire part de vos remarques. On vous l'a transférée ? Abonnez-vous !
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